CV Show – Ailleurs et Autrement

0 Posted by - 10 novembre 2011 - CV, expositions

Ailleurs et Autrement

Du 10 novembre au 31 décembre 2011, Live in Your Head, Genève (CH)

Mel Bochner, Christophe Cuzin, Robert Filliou, Dick Higgins, Jonathan Horowitz, IKHÉA©SERVICES, Stephen J. Kaltenbach, Hassan Khan, Alison Knowles, Jean-Marie Krauth, Jackson Mac Low, Eva Marisaldi, Simon Nicaise, Yoko Ono, Emilie Parendeau, André Raffray, Tomas Schmit, Yann Sérandour, Ernest T., Lawrence Weiner.

Et les étudiant-e-s de l’option Bachelor Arts visuels « Construction » de la Head – Genève : Charlotte Bourgeois, Olivia Campanico, Camille Clergeot, Rémi Collin, Simon Derouin, Alexis Favre-Felix, Mélodie Guéniat, Diego Guglieri Don Vito, Florence Krieg, Fabien Lakatos, Juliette Luginbuhl, Sébastien Mennet, Anaïs Perez, Estelle Pineau, Aude Richards, Charlotte Schaer, Tania Strautmann, Etienne Studer, Mathias Tuosto, Arnaud Wohlhauser


Intervenants :

Ghislain Mollet-Viéville
Jean-Baptiste Farkas
Vincent De Roguin
Vague Dj’s
Yann Sérandour
Emilie Parendeau
Sébastien Pluot

Une proposition de Lionnel Gras et Aloïs Godinat

L’exposition Ailleurs et autrement réunit un ensemble d’oeuvres à « activer » et/ou à interpréter; des oeuvres qui privilégient les attitudes aux formes, l’actualisation à la permanence, le partage à la possession, l’appropriation à l’autorité, l’allographie à l’autographie. Sous le signe de l’ubiquité, de la diffraction, ce projet se fonde sur les notions de traduction, d’oeuvre comme partition, comme mode d’emploi « existant à l’état de langage chez son auteur » (E. Parendeau). Une série de protocoles, de statements et d’instructions choisis donnent alors naissance à un ensemble de formes diverses, traversant les pratiques de la peinture, de la vidéo ou de l’installation, de l’objet, de la sculpture ou de l’action. L’exposition propose alors d’expérimenter, au risque du vertige, les diverses réalités – possibles – d’une même pièce, actualisations infinies variant selon les types d’activation et de manipulation opérés. Les notions même d’auteur et d’originalité, de réception et d’interprétation, y sont abordées sans détour en proposant, ailleurs et autrement, ce qui a été amorcé par d’autres.

L’histoire nous apprend que ces ambitions, dès les années 1960, sont au coeur des préoccupations, notamment et entre autres, des artistes Fluxus et Conceptuels. En témoigne une exposition comme Art by telephone (1969, MCA, Chicago). Ces pratiques, qui engagent de nouvelles définitions et modalités d’apparition de l’oeuvre d’art, se trouvent continûment questionnées depuis, et jusqu’à nos jours, dans des projets tels Interchangeable généralisé de Claude Rutault (1983, curateur : Ghislain Mollet-Viéville, ARC, Paris), Do-it (1993, curateur: Hans Ulrich Obrist), Instructions (1992, curateur: Liam Gillick, Galerio Gio Marconi, Milan), John Armleder/Angela Bulloch/Pierre Joseph/Jonathan Monk (1998, Le Spot, Le Havre) ou plus récemment TOOL BOX (2008, Entre-deux, curateurs: Ghislain Mollet-Viéville, et Christian Ruby, Paris).

Ailleurs et autrement propose, aujourd’hui, de mettre en perspective, de s’emparer et de revisiter une sélection d’oeuvres issues de cette « famille »: leurs contours, précis, directifs, univoques, sont au contraire parfois plus instables, suggérés, en attente d’opérations nouvelles. Elles induisent toutes « qu’il n’y a plus un auteur pour une oeuvre unique mais une multiplicité d’auteurs pour plusieurs réalisations potentielles de chaque oeuvre » (J.-B. Farkas et G. Mollet-Viéville). Les étudiant-e-s sont dès lors convié-e-s à imaginer et mettre en forme, dé-multiplier et épuiser les interprétations possibles des oeuvres dans le cadre et le lieu donnés du projet. L’exposition offre donc une vision stéréoscopique, en miroir, des mêmes pièces interprétées. Plusieurs intervenants, investis dans le projet depuis ses prémices, informent le processus de réflexion, de production et d’installation: Jean-Baptiste Farkas, Yann Sérandour et Ghislain Mollet-Viéville. L’exposition permet dès lors d’appréhender les trois stades d’une oeuvre « activable »: du protocole, de l’activation/réalisation à la documentation, elle donne la possibilité d’éprouver et de penser des « oeuvres outils » depuis leur formulation jusqu’à leur présentation.

Un ensemble de pièces structure le projet. Les MONOCHROMES, MALPEINT, PAS ASSEZ de Christophe Cuzin présentent un système rigoureux de contraintes (schémas, techniques, matériaux) qui encourage néanmoins à une certaine « désinvolture », à la subjectivité, notamment dans le choix des couleurs. Yann Sérandour, avec World Mirrors (2011) offre la possibilité de re-produire une oeuvre existante tout en ayant la liberté de repenser son accrochage. Le rôle de l’interprète, ici, couvre un spectre inédit : de la position de « simple » exécutant, à celle d’inventeur, créateur invité à concevoir des oeuvres à partir de propositions extrêmement ouvertes (IKHÉA©SERVICE N° 13) à celle de metteur en scène, travaillant au dialogue et à la contamination des oeuvres entre elles dans l’espace. Quelques pièces historiques « jumelles », en « diptyques », « dédoublées » articulent l’exposition: André Raffray, Les trois ordres de Jacques Villon: D’après Villon, 1939 – D’après Nature, 1987; Ernest T., Mondrian, 1989; Mel Bochner, Transduction, 1968). Elles sont elles-mêmes choisies par les organisateurs en suivant, eux-mêmes, les instructions d’un statement de Jonathan Horowitz: Choose two things that are similar and or different (2002).

Peintures murales ou sculptures (Alison Knowles, Homage to Each Red Thing, 1996), oeuvres légères, substituées, sinueuses, disséminées, suggérées en creux, voire absentes (Stephen J. Kaltenbach, Instruction, Start a rumor, 1969; Jean-Marie Krauth, Au lieu de, 1994): hétérogène, Ailleurs et autrement varie les angles de vue. L’exposition, fondée sur un principe d’interprétation multiple, discontinu, donne à voir autant d’actualisations d’un processus collectif, arbitraire.

Cette logique instable, aléatoire, ouverte à l’inconnu, ne laisse présager des formes que prend la réalisation finale des pièces. Chaque étudiant-e réalise par ailleurs une oeuvre, conçue sous la forme d’un mode d’emploi, qui est ajouté au corpus. Celle-ci apparaît (à l’image du Jeu des sept erreurs) comme une ultime « erreur » glissée dans une exposition qui revendique les écarts de conduite, les contretemps et les dissonances inhérents à une entreprise en attente de multiples possibilités d’application. L’ouverture du projet est conçue comme une soirée d’activations orchestrée par les étudiant-e-s eux-mêmes. Pensée sous le signe de l’IKHÉA©SERVICE N° 50, elle entend « Etablir le désordre ». Ailleurs et autrement est alors mise en tension par une série d’oeuvres composant un véritable programme se déroulant dans le temps et l’espace de l’exposition.

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