·······································
·~ diego guglieri don vito ~···········
·······································
·······································
·····························œuvres····
·····························textes····
·····························bio/cv····
·····························contact···
·······································
·······································

Diego Guglieri Don Vito


Diego Guglieri Don Vito à la Volonté 93

Diego Guglieri Don Vito, 2024, Où le jour n’a plus cours, errent les brumes sans fin, installation in situ, peinture murale et peinture sur toile libre, à la Volonté 93

Où le jour n’a plus cours, errent les brumes sans fin.

La Volonté 93, Paris (St-Ouen-sur-Seine), 2024

Les Peintres de La Collision, extrait du Second Voyage

Je suis par millier, une horde de corps, avance en multitude de directions. De toutes les tailles, je suis couvert de la même combinaison anthracite, je brille ensemble. J’illumine chacun des reflets adressés aux autres êtres que je suis, je réverbère, lumière, maille serrée parmi les mailles, rien ne m’échappe, car je couvre tout. Tout d’éclat, nulle par l’obscurité ne pourra jamais jaillir tant que je suis cette multitude d’argent, coude à coude couvre le monde d’or, chacune de moi paillette d’intensité.

Mes bras joints à mes torses, des grands, des gros, des petits, des maigres. Pectoraux, seins superposés. Nos sexes foulent la terre indifféremment, car au fond qui s’en fout sous la combinaison personne ne les voit. Je suis égale à moi-même chacun de mes corps, tous différents, en vaut une autre, toutes différentes. Être vu, être su, aucune importance, car je vois, je sais, les autres qui sont moi. Je suis ensemble, j’avance, partout, en tout temps. Inarrêtable, personne ne le souhaite, j’avance vers nous, j’avance en nous.

Diego Guglieri Don Vito à la Volonté 93

Je suis le désir, celui d’exister, de nos joies de nos peines. Je ressens tout, je soigne tous. Nous seules pour nous porter, de nous faire un tout. Nous seuls pour couvrir le monde. Ensemble et avec nous. Toutes, nous peignons tout, nous peignons tous. De l’infinité de mes bras, les perches crachent leurs couleurs au monde. Nous peignons le sol, les montagnes, nous peignons le ciel. Ensemble la multitude de bras, de jambes, de sexes, de torses, avec ou sans cheveux, avec ou sans barbes, nos oreilles écoutent silencieusement le chant soufflé des couleurs, couvrent l’ennuie.

Nous sommes l’éclat réparti en trois tiers, perches, pistolets, aérographes. Nous peignons les murs, les pierres, nous peignons la mer. Nous faisons ce qui est, une peinture plus grande que l’univers. Parmi nos corps éparpillés, douze de nous couvrent un canyon, d’est en ouest, du bas remontent lentement, sans coulures. Chaque interstice, chaque crevasse, Ocre, Graille, Bise et Brique. Albatre, Anthracite et parfois Souffre. Glisse comme le vent s’engouffre depuis mille et des mille. Sous couche en premier, finitions en strates. Nuage pulvérisé. Malgré les masques et vitres de protections,

Diego Guglieri Don Vito à la Volonté 93

Le goût de la peinture crémeuse à nos bouches tapisse en fines gouttelettes l’inspiration, douce odeur d’abricot cru. Nous la sentons, mangeons la peinture, la buvons, nous la sommes, elle est nous. Coule dans nos veines le pigment respiratoire, sature nos corps, brule les sangs. Nos yeux des couleurs que nous sommes, Cerise, Mauve, Azur, Prune, Amande, Rose, Ambre, Canelle, Flave, Tilleul, Violette, Violine et Viride. Iris radieuses distinguent les nuances au-delà de leur existence. Seize encerclent une construction, neuf étages suspendus, face nord en premier, suivantes dans le sens horaire, aligné à l’ensoleillement changeant. De haut en bas. Rosée Matinale, Clair de Jour, Aurore et Tanin. Aux côtés de chaque groupe, les pots alignés à peine ouverts nichent des couleurs patientes, textures crème, lisses et duveteuses s’apprêtent à prendre leur envol, assemblées en labyrinthe de teintes invisibles. Quarante-trois lavent leur matériel entre deux passes, rincer à l’eau claire les buses, capuchons, aiguilles et butées, essuient les résidus au chiffon propre, laissent égoutter le surplus et remontent, pressent la gâchette, visse la buse, le capot et l’écrou de maintien, remplissent à nouveau les réservoirs, peignent encore.

Des semaines durant, deux veillent, six de nous devenues folles et fous, ivres d’avoir trop peints, saouls de peindre encore. Dansent et tournent cent fois, abandonnent le groupe. Possédée, leur existence est peinture. De ces corps perdus, rares retrouvent la lumière, ouvrent un jour les yeux au milieu de rien. Marchent en vain, là où le jour n’a plus cours. Errance contemplative, traversent le paysage en ligne droite. Les autres, perdus à jamais, peignent ce qu’elles savent et ce qu’ils ignorent. Jetés dans les brouillards, ronde aveugles, lorsqu’à bout de force déjà trop tard allongent leur corps, lentement se répandent, liquide viscosité, couvre le sol de leurs couleurs. Zinzolin, Violine, Drune clair, Azurin, Prune, Grèche ou Vasille, redeviennent ce qu’ils sont.

Diego Guglieri Don Vito à la Volonté 93